Islam, polysémie et amalgames

Depuis le début du siècle nous traversons une période bercée par le terrorisme islamique, causant un nombre incalculable de victimes à travers le globe et d’autant plus de vies dévastées. Ces criminel-le-s agissent au nom d’une religion : l’islam ; et s’autoproclament musulman-e-s. Or, outre le fait qu’ils s’identifient à ce groupe religieux, ils n’ont vraisemblablement absolument rien à voir avec nos voisin-e-s de paliers musulman-e-s qui prient, vont à la mosquée, portent le voile ou le qamis. Alors pourquoi certain-e-s continuent-illes de baigner en plein amalgame et de confondre les croyant-e-s d’une religion pratiquée pour la paix, l’amour et le développement personnel avec des terroristes fanatiques qui reprennent à leur compte les aspects les plus intéressés d’une religion afin de servir leurs propres intérêts ?

Force est de constater que parallèlement à l’apparition de ce nouveau terrorisme, un nouveau langage à dû émerger afin de nommer ses acteurs et leur mouvement. Nombre de néologismes ont alors vu le jour, basés sur des termes déjà existants. Cependant, dans un contexte où la question identitaire bat son plein, face à leur polysémie et à leur forte ressemblance avec d’autres mots déjà employés, nous pouvons nous sentir perdus, le tout nous poussant – volontairement ou non (?) – à l’amalgame.

Islam, islamisme, islamique

On parle de la religion islamique, du voile islamique ou encore de la loi islamique, pour désigner ce qui est relatif à l’islam, la religion musulmane.

Mais on parle désormais également d’islamisme et d’islamiste-s afin de désigner ces nouveaux-lles faiseur-se-s de massacres. Mais quelle est la différence entre l’islam et l’islamisme, qui n’a pourtant qu’un suffixe en plus ? Lorsque l’on tape islamisme sur Google, la première définition sur laquelle on tombe est celle-ci :

  1. Religion musulmane, islam.
  2. Propagande, activisme en faveur de l’islam.

Tandis que le dictionnaire Larousse nous donne celles-ci :

  1. Synonyme vieilli de islam.
  2. Désigne, depuis les années 1970, un courant de l’islam faisant de la charia la source unique du droit et du fonctionnement de la société dans l’objectif d’instaurer un État musulman régi par les religieux.

En somme, la polysémie de ce terme ne facilite en rien l’esquive des amalgames.

On entend également parler de l’État islamique : mais est-ce un État islamique – relatif à l’islam – ou islamiste – relatif au second sens du mot islamisme ? De plus, de quel courant islamique parle-t-on lorsqu’on évoque cet État islamique, comme si l’islam n’était qu’une seule entité invariable ? Sous entend-t-on l’islam chiite, sunnite, soufi ?

Le sociologue Bourdieu écrivait : « Avec des mots ordinaires, on n’“épate pas le bourgeois”, ni le “peuple”. Il faut des mots extraordinaires. En fait, paradoxalement, le monde de l’image est dominé par les mots. La photo n’est rien sans la légende qui dit ce qu’il faut lire – legendum –, c’est-à-dire bien souvent des légendes qui font voir n’importe quoi. Nommer, on le sait, c’est faire voir, c’est créer, porter à l’existence. Et les mots peuvent faire des ravages : islam, islamique, islamiste – le foulard est-il islamique ou islamiste ?
Et s’il s’agissait d’un fichu, sans plus ? »

Ce dernier est-il seulement le fait des musulmanes pratiquantes ou celui de celles et ceux qui brandissent l’islam comme arme de guerre ? À en écouter certain-e-s, la confusion entre les deux est éminente.

On ne cesse d’entendre parler d’extrémisme religieux, d’islamisme extrémiste, de musulman-e-s extrémistes. Mais quelle est la différence entre un-e musulman-e et un-e musulman-e extrémiste ? Est-ce son degré d’implication dans sa religion ? S’ille fait ses 5 prières par jour ? S’ille parle arabe ? Coupe la tête de mouton à l’Aïd ? S’ille à la double nationalité ? (Coucou Hollande) Et si l’islamisme est déjà l’extrémisme de l’islam, pourquoi parler d’islamisme extrémiste ?

Des discours ambigus

Après chaque attentat on reproche aux musulman-e-s de ne pas se positionner clairement contre ces atrocités, puis 5 minutes après on nous scande de ne pas tomber dans l’amalgame. On parle d’islamiSME et d’islamiQUE et on s’étonne que certain-e-s n’y comprennent rien et confondent tout. « Secouées par ce terrorisme qu’elles qualifient alternativement d’« islamique » et d’« islamiste », les chaînes de télévision enjoignent les téléspectateurs à ne pas céder aux « amalgames »… qu’elles-mêmes n’ont cessé d’entretenir. » Alors, s’agit-il de véritable naïveté ou d’hypocrisie réelle ?

Je vous remercie d’avoir lu cet article, n’hésitez pas à répondre aux questions que j’ai soulevé en commentaires. Je conclurai avec cet extrait du livre de Bourdieu Sur la télévision :

« Il m’arrive d’avoir envie de reprendre chaque mot des présentateurs qui parlent souvent à la légère sans avoir la moindre idée de la difficulté et de la gravité de ce qu’ils évoquent et des responsabilités qu’ils encourent en les évoquant, devant des milliers de téléspectateurs, sans les comprendre et sans comprendre qu’ils ne les comprennent pas. Parce que ces mots font des choses, créent des fantasmes, des peurs, des phobies ou, simplement, des représentations fausses.« 

Lire aussi : La « nouvelle laïcité » voile-t-elle une islamophobie décomplexée ?

Sources :

  • Sur la télévision, Pierre Bourdieu.
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La nouvelle laïcité voile-t-elle une islamophobie décomplexée ?

En 2018, un an après l’affaire du burkini, il me semble temps de mettre les points sur les « i » et les barres sur les « t ». On nous cuisine la laïcité à toutes les sauces, les laïcard-e-s envahissent nos espaces médiatiques et convertissent cette loi si précieuse à notre République en interdits divers, selon leurs intérêts propres. Ensemble, revenons sur ce qu’est réellement la laïcité et sur ce en quoi certain-e-s tentent de la convertir. J’espère que vous apprendrez des choses et que vous prendrez autant de plaisir à lire cet article que j’en prends à l’écrire.

La laïcité « pour les nul-les »

La laïcité est une loi qui fût érigée le 9 décembre 1905, garantissant la séparation de l’Église et de l’État et venant couronner un long cheminement s’étendant sur plusieurs siècles.

Selon l’article 1 : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public.

Selon l’article 2 : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, (…) seront supprimées des budgets de l’État, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes. »

En d’autres termes, l’État est neutre et ne doit pas intervenir dans les affaires religieuses de la nation, pas plus que la religion ne peut intervenir dans les affaires de l’État. « Le premier article assure la liberté de conscience et garantit la liberté des cultes – laquelle inclut le droit de manifester son appartenance religieuse -, tandis que le second interdit que l’État reconnaisse subventionne ou favorise quelque culte que ce soit » De plus, selon la constitution de 1958, « La France est une république laïque ». Si l’Etat doit donc respecter une stricte neutralité religieuse, il en est de même pour les représentants de l’État, soit les fonctionnaires uniquement.

Laïcité : Liberté & Égalité

Selon le principe de la loi 1905, la laïcité prône pour les individus la liberté de croire,mais aussi de manifester son appartenance et ses croyances religieuses. Fidèle à notre devise nationale, son second principe est l’égalité, soit la garantie d’avoir les mêmes droits, quelles que soient nos croyances religieuses. En effet, la laïcité n’est en aucun cas synonyme d’interdiction de toute expression religieuse dans les lieux publics, puisqu’elle garantit aux personnes dites privées (toutes personnes n’étant pas un fonctionnaire dans d’exercice de ses fonctions) la liberté des cultes. Celle-ci garantit et ne rejette ni ne restreint la liberté religieuse et son épanouissement. La protection de cette liberté possède d’ailleurs un volet pénal, qui prévoit des sanctions pour ceux-lles qui ne la respecteraient pas :

Loi 1905, Article 31 : « Ceux qui, soit par voies de faits, violences ou menaces contre un individu, soit en lui faisant craindre de perdre son emploi ou d’exposer à un dommage sa personne, sa famille ou sa fortune, l’auront déterminé à exercer ou à s’abstenir d’exercer un culte, à faire parti ou à cesser de faire partie d’une association culturelle, à contribuer ou à s’abstenir de contribuer aux frais d’un culte ».

La « nouvelle laïcité » ou l’extrémisme laïque

Depuis une dizaine d’années environ nous sommes témoins de la montée en puissance de ce que nous appellerons ici « la nouvelle laïcité », prônée par les laïcard-e-s. Cette « nouvelle laïcité » vient altérer les libertés individuelles ainsi que la liberté d’expression, notamment en restreignant les libertés religieuses au nom de la neutralité. Neutralité religieuse et laïcité seraient désormais des synonymes, et selon la nouvelle laïcité cette dernière devrait être appliquée non seulement dans le secteur public mais également dans le privé.

Elle n’a rien à voir avec la loi de 1905

Or, dans un premier temps, cette nouvelle conception de la laïcité va totalement à l’encontre des droits de l’Humain, puisque celle-ci est susceptible de « régler non seulement le comportement des personnes publiques, mais aussi, celui des simples citoyen-ne-s. Elle implique alors un dépouillement, un renoncement des citoyen-ne-s à la part en eux qui n’est pas commune, en particularité leurs convictions religieuses, dès lors qu’ils sont dans la sphère publique. La laïcité ainsi définie porte l’idée d’une sphère publique « sans confession » – et non pluriconfessionnelle. »

Dans un second temps, cette nouvelle laïcité, loin d’en être la continuation, est une rupture avec la laïcité en vigueur depuis 1905, qui à terme n’est pas respectée lorsqu’elle prône la liberté de manifester ses croyances religieuses dans un lieu public ou dans certaines structures privées : La nouvelle laïcité fait le fondement des restrictions de la liberté religieuse.

Effectivement, la loi 1905 exprime l’idée parfaitement inverse : une laïcité conjuguant neutralité de l’État et liberté des particuliers. Elle n’est donc pas synonyme de l’interdiction de toute expression religieuse. Cette nouvelle laïcité tente de faire de l’interdiction la règle, là où en 1905 elle n’était que l’exception. De plus contrairement à celle-ci, la nouvelle laïcité suppose l’intervention de l’État pour réguler la liberté religieuse, sous la forme de lois.

En effet, ces dernières années, les lois forçant la neutralité religieuse se sont multipliées, empêchant les pratiquants de montrer librement leur appartenance religieuse et d’exercer leur culte.

Créée le 15 mars 2004, une loi interdisant le port de signes ostentatoires religieux dans le milieu scolaire fût adoptée :

Loi du 15 mars 2004, Article L141-5-1 : « Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit.

En 2010, une loi fut votée contre le port du voile intégral, parfois appelé burka ou niqab :

Article 1 : « Nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage. »

De plus, la charte de la laïcité de 2006 impose à tous les agents publics « un devoir strict de neutralité ». Les signes religieux ostentatoires sont donc interdits aux guichets de ces services.

Pour finir, en mars 2014, Nicolas Sarkozy a exprimé son souhait d’étendre aux universités l’interdiction en vigueur dans les écoles, collèges et lycées. Mais cette interdiction fut réfutée.

La logique qui anime cette nouvelle laïcité est donc une logique de contrôle et non de liberté. Or « pour faire face aux extrémismes religieux, la pire méthode serait de bannir le religieux de la société. Il faut au contraire l’assumer et l’inclure« .

La France accusée de discriminations

D’après un rapport américain sur les libertés religieuses internationales, publié le mardi 30 avril 2013, la France est pointée du doigt pour ses restrictions « très agressives » contre les religions. Ce rapport émet « des inquiétudes en termes de discrimination » notamment en ce qui concerne la loi de 2010 sur le voile intégral dans les espaces publics : «termes de discrimination » notamment en ce qui concerne la loi de 2010 sur le voile intégral dans les espaces publics : « (…) une telle loi appliquée trop largement soulève des questions sur les droits parentaux et la liberté de choix ». Il affirme également qu’ « une laïcité très agressive place les personnes religieuses dans des positions inconfortables et difficiles en ce qui concerne le plein exercice de leurs convictions et croyances« . Ces restrictions limitent aussi gravement l’intégration sociale et les opportunités en termes d’éducation et d’emploi pour les individus affectés ». Le texte cite les limites croissantes qui touchent fréquemment la religion islamique, via nombre de lois votées ces dernières années en Europe concernant les signes religieux, l’abattage rituel des animaux, la circoncision en Allemagne et la construction de mosquées et minarets en Suisse.

C’est la première fois que la commission voue un chapitre entier de son épais rapport annuel à l’Europe occidentale. Les restrictions « créent une atmosphère d’intimidation contre certaines formes d’activité religieuse en Europe occidentale« , expliquent ses auteur-e-s.

Un problème sexiste et islamophobe avant tout

Cette nouvelle conception de la laïcité va totalement à l’encontre des droits de l’Humain, puisqu’en plus de grignoter notre liberté, elle favorise les inégalités entrefemmes et hommes, mais également entre les différentes communautés et religions,puisque les différentes lois votées dernièrement touchent la religion musulmane en particulier, mais surtout les femmes musulmanes, puisque ce sont notamment elles qui sont accusées de porter les signes religieux dits « ostentatoires ».

En effet, le premier argument du vote de la loi de 2010 était que les femmes portant le voile intégral – le voile étant véhiculé comme étant l’allégorie de la soumission féminine – le font forcément sous la contrainte ou sous pression de leur entourage. En réalité cette pensée même est discriminatoire puisque c’est nier le fait qu’une femme soit en mesure de prendre ce genre de décision de son plein gré. Quand bien même admettons que ce soit le cas pour une minorité d’entres elles, interdire aux autres femmes de porter le voile – intégral ou non – si elles le souhaitent en revient à bafouer leur liberté. Cette loi revient donc à bafouer une énième fois la liberté des femmes puisque forcer les musulmanes à ne plus porter le voile en France – République laïque – est aussi liberticide et tyrannique que de l’imposer en Iran ou ailleurs. « C’est là le paradoxe qui consiste à lutter pour la liberté des femmes en refusant de les entendre et à leur refuser la parole ».

De plus, seules les femmes-musulmanes sont victimes de cette loi puisque l’équivalant religieux pour les hommes, la barbe et le qamis sont autorisés. Pourtant, alors que dans la culture française nos grands mères et arrières grands mères couvraient leurs cheveux, les hommes portant des robes sont absents de notre héritage culturel. Il n’y a donc à priori aucune raison de pointer du doigt davantage les femmes musulmanes que les hommes, si ce n’est qu’une fâcheuse habitude – tout autant occidentale qu’orientale – de vouloir dicter la manière dont les femmes doivent de vêtir. La nouvelle laïcité semble sous-entendre que « pour les « progrès » de la République, il faut confiner les femmes et la religion dans le privé« . Les femmes religieuses subissent donc une double discrimination : celles d’être femme et religieuse.

De fait, les femmes musulmanes sont régulièrement victimes de discrimination et d’ « abus de laïcité ». Ce fût notamment le cas pour deux femmes portant un hijab (voile couvrant les cheveux et le cou, sans dissimuler le visage), qui, le 8 juillet 2014, accompagnant leurs enfants à la plage éphémère de Wissous en Essonne, se sont vu refusées l’entrée de cette dernière par le maire. En effet dans le règlement de Wissous-plage figurait que l’entrée était refusée à « toute personnes ayant une tenue inappropriée ou contraire au règles de décence et le port de tout signe religieux. » Or, il n’existe aucune loi interdisant le port du voile islamique (tant qu’il ne couvre pas le visage) par des citoyen-ne-s dans un lieu public.

En avril 2015, Sarah, une jeune collégienne musulmane, fût exclue à deux reprises de son collège à cause d’une jupe jugée « trop longue » par sa principale. Dans un courrier destiné aux parents de la jeune fille et se référant à la loi sur la laïcité à l’école, cette dernière affirmait que le « caractère religieux de la jupe est manifeste » et demande donc de « faire rectifier la tenue vestimentaire de la jeune fille s’ils souhaitent qu’elle poursuivre sa scolarité au collège ». Il est vraisemblablement absurde de voir un signe ostentatoire dans le port de cette jupe.

Il est également impossible de ne pas évoquer la célèbre affaire « Baby-loup », où la directrice-adjointe de la crèche fût licenciée après avoir refusé d’ôter le foulard religieux qu’elle avait choisi de porter. Jugeant son licenciement discriminatoire, l’employée décida de porter plainte soulevant alors un débat sans fin sur la place de la laïcité dans les entreprises.

Malheureusement ces affaires sont loin d’être des cas isolés et force est de constater que la majorité de celles-ci visent la religion musulmane. La nouvelle laïcité, en plus de fausser la loi 1905 et au de-là de son souhait de neutralité, serait une alternative afin de dissimuler une authentique islamophobie dont les victimes de premier rang sont… – roulement de tambour – encore et toujours les femmes.

J’espère que vous aurez compris que la « nouvelle laïcité » n’a rien à voir avec le principe de 1905 auquel nous sommes fermement attachés et que cet article aura rectifié certaines de vos idées qui étaient peut être erronées à force d’entendre certain-e-s politicien-ne-s ou médias chanter leur fervent attachement à la laïcité et condamner ceux-lles qui s’y opposeraient lorsqu’ eux-elles mêmes ne savent même pas en quoi il en retourne – ou tentent de vous faire gober n’importe quoi. Merci pour votre lecture !

Lire aussi : Islam, polysémie et amalgames

Sources :

  • L’affaire Baby Loup ou la nouvelle laïcité, Vincent Valentin (juriste)

Objectif : 0 DÉCHET

Cela n’est plus un mystère, mais il paraît tout de même utile de le rappeler : notre planète sature de déchets. À l’heure actuelle, au moins 5 continents de plastiques ont déjà émergé dans nos océans : Océan Indien, Pacifique et Atlantique, aucun n’est épargné. « 6 à 7 millions de tonnes de plastiques sont déversées chaque année dans les océans ». En effet, notre production est basée sur un système linéaire – c’est à dire que nous créons des biens qui ne sont pas pensés pour être transformés ou détruits. Donc contrairement au système naturel qui fonctionne en boucle – « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » – nous produisons énormement de déchets qui sont des objets ou des restes d’objets inutiles, intransformables et indestructibles avant au moins plusieurs centaines d’années. « Depuis le début des années 2000, l’industrie a créé plus de plastique que durant tout le XXème siècle« . À ce moment précis vous devez penser : « mais on recycle tout de même! » En effet, face à cette avalanche de détritus, nous avons bien été forcés de trouver ne serait-ce qu’un semblant de solution. C’est donc à ce moment-là qu’intervient le… recyclage de ces produits qui, pour la plupart, n’ont pas été pensés pour se voir offrir une seconde vie. Ainsi, trop peu nombreux sont ceux qui bénéfécieront de ce privilège puisqu’en 2014 seulement 5% des 300 millions de tonnes de plastique produites ont été recyclées. Et puisqu’on ne sait plus quoi faire de cette matière indésirable et toxique, on fait comme on peut ! En France, on se surprend donc à enterrer dans la terre 40% de nos déchets – terre qui sert à faire pousser nos bons fruits et légumes.
En attendant de trouver des solutions afin de modifier notre système de production et de sortir de cette période d’hyper-consommation, il est possible d’agir à notre échelle. Voici quelques conseils qui allient écologie, économie et éthique, tout en étant à la portée de tou-te-s.

1. Jetons nos déchets dans des POUBELLES et trions

Cela peut vous sembler évident, mais lorsque je vois des gens jeter leurs déchets sur des plages paradisiaques – ou même dans la rue -, j’ai l’impression qu’on ne le répètera jamais assez : jetons nos déchets dans les poubelles ! Car ne nous méprenons pas, ceux qui se retrouvent dans nos océans ne sont pas nécessairement ceux que l’on a jetés sur la plage ou à proximité, mais sont également ceux que l’on jette dans la rue. Mais maintenant que l’on ne jettera plus rien dans la nature, ne nous arrêtons pas en si bon chemin : TRIONS. Mettons les emballages recyclables dans la poubelle jaune, tels que :

  • Le papier
  • Le carton
  • Le plastique
  • Les boîtes en métal et les aérosols

Et les autres dans la poubelle noire. Il ne me semble pas inutile de rappeler que près de 500 ans sont nécessaires à la dégradation d’une bouteille plastique…

2. Utilisons des cosmétiques solides / sans emballage

Il existe actuellement des shampooings, savons ou dentifrices solides – et non pas liquides – et qui par conséquent ne nécessitent pas d’emballage. Quelle belle invention pour réduire les déchets plastiques ! De plus, nombre d’entre eux sont fabriqués à base de produits naturels et issus de l’agriculture biologique, et ne contiennent pas de produits dangereux pour notre santé. Alors en plus d’être respectueux de l’environnement, ils le sont également de votre corps et à prix abordables. Il en existe de plein de marques différentes, mais personnellement j’utilise ceux d’Aux Grandes Z’oreilles, qui sont à base de lait d’ânesse. (Je n’ai testé que les savons pour l’instant, mais quand j’aurais finis mes produits j’investirai dans leur shampooing et dentifrice).

3. Achetons au détail

Dans de plus en plus de magasins il est possible de trouver des produits sans emballage à acheter au détail, tels que les céréales, les fruits secs ou les biscuits. On en trouve notamment dans les magasins BIO, mais il y a également bon nombre d’épiceries biologiques spécialisées dans la vente « en vrac » qui ouvrent partout en France. Cette carte de la France vous propose de vérifier si une de ces épiceries existe dans votre ville (bien qu’elle ne soit pas exhaustive).

4. Utilisons des sachets réutilisables

Les magasins bios les ont déjà mis à notre disposition : des sacs en tissus réutilisables à la place de sacs plastiques. Finit les fruits pourris étouffés au fond d’un sachet plastique ! Finit les tortues étouffées par des « méduses » plastifiées ! Désormais vos fruits et légumes pourront respirer au sein des fibres de votre nouveau sac en tissu. Et si ces derniers ne sont pas encore disponibles dans votre supermarché, vous pouvez toujours vous procurer un Tot Bag, ces sacs en toile réutilisables qui permettent d’éviter l’utilisation de sachets plastiques jetables. Plus solides que ces derniers, peu chers – environ 10 euros – et lavable en machine, en plus d’être idéal pour porter vos courses ou autres objets trop lourds pour etre portés à bout de bras, c’est un accessoire mode que certain-e-s convertissent même en sac à main stylé.

5. Donnons une seconde vie à nos objets

Ne jetons plus. Il existe de nombreux moyens de donner une seconde vie à nos objets. Parmi ceux-ci, le don à des associations comme Emmaüs, ou aux bornes Relais qui, en plus de recycler, permettent de créer des emplois. Il existe également des sites internet sur lesquels on peut faire don de divers objets, tels que Donnons.org. On peut aussi choisir de mêler écologie et argent en vendant les objets qu’on ne veut plus dans des vides greniers, des brocantes, à des friperies ou sur des sites comme Leboncoin, Vinted ou Facebook. Rappelons-nous que les donner ou les vendre à petits prix pourra rendre heureuse une personne qui n’a pas forcément les moyens de se payer des produits neufs, et que ce qui ne vous plait plus pourrait faire le bonheur de quelqu’un-e.

6. Utilisons des protections mensuelles réutilisables

Saviez-vous que votre tampon/serviette mettait environ 500 ans à se décomposer, que chaque année plus de 45 milliards de protections menstruelles sont jetées et que le marché des protections menstruelle figure parmi les plus polluants au monde ? Alors mesdames, pitié, ne soyons plus complices de cela. Ces dernières années, plusieurs alternatives aux protections jetables se sont démocratisées, telles que les cups – ces petits entonnoirs en silicone que l’on s’insère dans le vagin et que l’on nettoie à l’eau claire -, les serviettes lavables, qui sont aujourd’hui plus confortables que celles de nos grand mères 😉, ou encore les culottes de règles. Ces produits étant réutilisables et non éphémères, ils permettent de limiter la production de déchêts en plus de ne pas contenir de pesticides ou autres produits toxiques présents dans nos protections jetables, qui sont, par exemple, à l’origine du choc toxique. Je tiens également à rappeler qu’il n’est toujours pas obligatoire pour les producteurs de protections hygiéniques jetables d’indiquer les produits présents dans ces dernières, ils peuvent donc y mettre tout et n’importe quoi à notre insu, génial non?!

Voilà désormais vous connaissez mes 6 conseils pour réduire notre impact de déchets sur la planète. Ce sont des astuces que je m’efforce moi-même de mettre en œuvre mais qui ne sont, pour certaines, malheureusement pas encore un réflexe. Il en existe évidemment bien d’autres que je vous invite à poster en commentaire si vous le souhaitez.

J’espère que cet article vous aura plus n’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez 😀

Sources :

L’afro-féminisme : portrait d’un militantisme inclusif

Tandis que la voix des féministes se fait entendre partout dans le monde suite aux mouvements “MeToo » ou “BalanceTonPorc” qui ont permis la libération de la parole des femmes face aux harcèlements, la volonté d’une égalité entre les hommes et ces dernières est de nouveau projetée sous le feu des projecteurs. Or, ce féminisme est-il représentatif de toutes les femmes et prend-il en compte les désavantages de chacune ? Il semblerait que non, puisque l’ « afro-féminisme » est né de la volonté de femmes, notamment basanées, de se voir davantage représentées qu’elles ne le sont dans le féminisme « standard », que l’on qualifie parfois de « créé par des femmes blanches bourgeoises et pour des femmes blanches bourgeoises ». Ensemble, tentons de comprendre quel combat est mené par les afro-féministes et en quoi diffère-t-il du combat féministe traditionnel.

Face à un féminisme excluant

Le féminisme prôné par des associations telles que Osez le féminisme, est composé essentiellement de femmes blanches, et traite donc les problématiques qui se posent pour ces dernières. Ce féminisme est perçu comme excluant les minorités, en exprimant notamment une ferme opposition au port du voile ou en ne prenant pas en compte les oppressions que peuvent subir les femmes noires ou immigrées. Par exemple, en qualifiant le voile islamique de symbole de « soumission, dont les femmes ne sont parfois pas conscientes », Osez le féminisme se permet de parler au nom des femmes voilées, alors qu’elle n’en possède pas dans son association. Ces dernières peuvent alors se sentir incomprises, car elles ne sont d’abord pas écoutées par ce type d’organisation, pourtant censée défendre les femmes avec un grand « F », et non pas un seul modèle de femmes blanches, athées, aisées, ou occidentales. En outre, les femmes noires ne voient pas leur propre combat porté par ce type de féminisme, distinguant leur lutte de celle des femmes blanches : « tandis que dans les années 70, les féministes blanches américaines se battaient pour le droit à l’avortement – ce qui est tout à fait louable – les femmes noires américaines se faisaient stériliser contre leur gré ». Ainsi, aux Etats-Unis, tandis que les femmes blanches cherchaient à s’émanciper du rôle de mère dans lequel elles étaient confinées, les femmes noires se battaient pour qu’on leur laisse exercer pleinement leur maternité.

Aux racines de l’afro-féminisme

L’afro-féminisme, de l’anglais « black feminism » est né aux Etats-Unis dans les années 70, à l’apogée de l’émancipation féminine et au lendemain de l’abolition de la ségrégation. Le racisme étant omniprésent aux Etats-Unis, les hommes comme les femmes ne pouvaient – et ne peuvent malheureusement toujours pas – faire abstraction de leur couleur de peau. L’afro-féminisme est donc né de cette double oppression que subissent les femmes noires : à la fois à cause de leur sexe mais également à cause de leur couleur de peau. Mises à l’écart des débats racistes car femmes, et rejetées des débats féministes car noires, l’afro-féminisme s’est imposé comme la seule issue pour ces femmes de se faire entendre. L’afro-féminisme rejoint ainsi l’intersectionnalité, qui est une notion additionnant les différents types d’oppression tels que le racisme, le sexisme, l’homophobie, la transophobie ou encore les rapports de classes, estimant que ces phénomènes ne peuvent être étudiés séparément de manière pertinente. Le mouvement américain afro-féministe the Combahee River Collective (CRC) affirmait ainsi : « Nous ne sommes pas convaincues qu’une révolution socialiste qui ne soit pas en même temps une révolution féministe et antiraciste garantisse notre libération ».
Professeure de philosophie et militante communiste, féministe et des droits de l’Homme, l’afro-américaine Angela Davis est une des figures phares de ce courant de pensée. En France, la réalisatrice, comédienne, journaliste et bloggueuse Amandine Gay est à mon sens une des afro-féministes les plus influentes du pays.

Une lutte émancipatrice

Les afro-féministes ont donc un combat propre à leur condition. Non seulement elles souhaitent se défaire de la domination masculine et du patriarcat, mais elles cherchent également à s’émanciper de la suprématie blanche et des stéréotypes qu’elle véhicule. Nous pourrions évoquer le point de vue esthétique par exemple : les critères de beautés imposés par notre société mondialisée sont ceux d’une femme grande à la peau et aux yeux clairs, les cheveux longs et soyeux, avec une corpulence fine. Non seulement ces critères oppressent les femmes en général, mais ils oppressent d’autant plus les femmes noires, puisque le modèle imposé est celui d’une femme blanche. Selon Myriam Keita Brunet, le budget consacré à la beauté des Noires est « neuf fois supérieur » à celui des Blanches. Il est ainsi courant de voir des femmes noires arborer perruques ou tissages lisses, mais avez-vous déjà vu une seule femme blanche allant travailler avec une perruque aux cheveux afro sur la tête ? Vous trouveriez ça ridicule, n’est-ce pas ? Pourtant, les femmes noires aux cheveux naturels visibles dans les médias se comptent sur les doigts d’une main, tandis que des stars mondiales telles que Beyonce ou Rihanna ne se montrent jamais sans rajouts. L’éclaircissement de la peau est également une problématique importante. Partout dans le monde, de l’Inde jusqu’à l’Afrique, de nombreuses femmes à la peau basanée utilisent des produits bien souvent toxiques et dangereux pour la santé afin d’éclaircir leur teint naturel et ainsi ressembler au modèle prédominant blanc. Tandis que les féministes blanches souhaitent qu’il y ait davantage de femmes pulpeuses dans le mannequinat, s’ajoute au combat afro-féministe la volonté de voir davantage de mannequins à la peau ébène. Les femmes noires cherchent ainsi à faire évoluer ces critères de beauté et les stéréotypes dont elles sont victimes, ainsi qu’à être davantage représentées dans les médias. Mais le combat afro-féministe se résume avant tout à leur désir d’être entendues, et surtout écoutées. Tandis qu’en France, des festivals commencent peu à peu à s’organiser autour de cette thématique, notamment par le collectif afro-féministe MWASI, le film « Ouvrir la voix » d’Amandine Gay, traduit en images la lutte menée par ces femmes.

J’ai rédigé cet article initialement pour mon cours de « Champs Journalistiques » puis j’y ai ajouté des modifications afin de vous le publier. J’espère qu’il vous aura plu !

« Bakhita », de Véronique Olmi : La douceur d’une plume mêlée aux atrocités de l’esclavage

Prix du roman Fnac 2017, Bakhita conte avec sensibilité le tumultueux destin d’une petite fille issue de la tribu des Dadjos dans la province du Darfour, au Soudan. Enfant, adolescente, adulte puis vieille dame, à travers ses mots, Véronique Olmi nous rend témoin des instants les plus atroces de la vie de Bakhita, mais également de cet amour émanant de son Être et qui l’accompagnera jusqu’à son dernier souffle.

Un récit insoutenable

L’histoire de Bakhita c’est également celle de l’esclavage et de tous ceux qui en furent les victimes.

L’histoire de Bakhita est celle de la traite humaine en Afrique, à la fin du XIXe siècle, alors que la France et les Etats-Unis viennent d’abolir leur régime esclavagiste – du moins officiellement.

L’histoire de Bakhita est celle de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants qui ont vu leur humanité arrachée par leurs semblables, qu’on a battu-e-s, violé-e-s, tué-e-s ; qu’on a brisé-e-s autant à l’intérieur qu’à l’extérieur. C’est celle de ces bébés volés, de ces familles séparées, de ces vies réduites en cendres par l’esclavage.

L’histoire de Bakhita est celle d’un racisme présent où que l’on soit, violent ou ignorant.

L’histoire de Bakhita, est celle de la souffrance d’une « petite noire » récupérée par l’Eglise et le régime fasciste de Mussolini.

Souvent les instants décrits par Véronique Olmi ont été crus, durs, violents, presque insoutenables. Souvent je n’ai pas pu retenir les larmes qui coulèrent sur mon visage et je me suis sentie coupable : cette femme a survécu à tout ça, et moi je peux à peine en lire les bribes, embellies et euphémisées, sans en être bouleversée? Mais chaque fois l’envie de continuer le récit s’en voyait amplifiée, car la plume majestueuse de l’autrice à su remplir de douceur ces lignes décrivant les pires horreurs de l’humanité.

L’amour en pleins chaos ou la force spirituelle d’une femme incroyable

La force de ce livre, c’est l’amour qui émane de l’encre inscrite sur ses pages. L’amour que possède Bakhita pour la Vie, pour ce et ceux qui l’entourent, pour le Soleil qui se lève et qui se couche, pour sa mère, sa famille, pour les personnes qui croiseront sa vie. Cet amour qui l’entoure est cette force qui la maintiendra en vie, mais aussi cette vulnérabilité qu’elle ne pourra ignorer. Et en tant que lecteurs-trices et témoins de son vécu, son amour incroyable nous enveloppe à notre tour et nous émeut. Véronique Olmi nous téléporte aux côtés de notre héroïne et face à l’écoeurement pour ses bourreaux, nous ressentons un amour grandissant pour elle. Une grande admiration, également, pour cette femme qui a survécu au pire mais qui continue à avoir foi en l’humanité et à tendre la main à son prochain. Cette volonté, Bakhita saura la concrétiser en décidant, pour la première fois de sa vie, quel sera son Destin.

À travers la plume de Véronique Olmi j’ai pu découvrir une femme époustouflante par sa volonté, sa tendresse, sa force et sa sensibilité. Mais j’en ai également appris davantage sur les réalités et atrocités de l’esclavage. Cependant je ne peux m’empêcher de penser à celles et ceux qui n’ont pas eu l’occasion de raconter leur histoire, qui n’ont pas survécu, qui n’ont pas eu les mêmes « chances » ou rencontré les bonnes personnes. Celles et ceux qui ont demeurés au sein de ce commerce de l’horreur et ont été tués par celui-ci.

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